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Je ne suis pas, j'existe

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Sur le plateau d'une l'émission du site "Arrêt sur images" ce vendredi 29 juin, à la veille de la Marche des Fiertés, Daniel Schneidermann avait invité quatre personnalités concernées de près par l'événement : Arnaud Gauthier-Fawas, administrateur de l'Inter-LGBT qui organise la Marche des fiertés parisienne, "Camille" du collectif de luttes et d'actions queer (Claq), Thierry Schaffauser, porte-parole du Syndicat du travail sexuel (Strass) et Joël Deumier, président de SOS Homophobie.L'un d'entre eux, Arnaud Gauthier-Fawas, s'est vu particulièrement médiatisé par une de ses répliques. Lorsque Daniel Schneidermann, présentateur de l'émission, souligne que son panel est composé de "quatre hommes", Arnaud Gauthier-Fawas lui rétorque : "Ah non je ne suis pas un homme, monsieur". Car Arnaud Gauthier-Fawas se définit ni comme masculin, ni comme féminin, dans la mesure où il ne se sent pas en accord avec les c…

La BBC comme on en rêve

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J'étais invité ce midi à l'émission de Jean Lebrun sur France Inter pour parler de l'histoire de la BBC. Je ne sais plus très bien ce que j'ai dit, c'est le côté bizarre de la radio où ce que vous dites vous échappe - de la bouche, puis de la mémoire.

Mais pour parer aux sorties de route auxquelles ce genre de situation peut conduire, l'équipe de l'émission m'avait contacté une semaine à l'avance. On s'est parlé au téléphone, on a échangé des mails, il m'a fait relire son lancement.

Tous les journalistes ne sont pas bousculés par l'urgence. C'est un choix.

Vous pouvez écouter ici l'émission.

Pour le dire vite : on a échangé sur le mythe "BBC", celui que les journalistes anglais ont construit et qui fait tant rêver les Français. Ses ambitions passées et présentes, les épreuves de sadisme budgétaire que lui font subir ses autorités de tutelle.

Avec bien sûr, en toile de fond, les menaces qui planent sur l'audiovisuel p…

Le modèle de la BBC est-il transposable en France ?

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J'étais invité ce matin à France Culture par l'équipe de la matinale pour répondre aux questions de Guillaume Erner à propos des réformes prévues de l'audiovisuel public. 




La question faisait les gros titres du Libé : les préconisations du ministère pour économiser des sous dans ce domaine auraient dû être présentées ce jour, mais une piste de travail particulièrement drastique avait fuité entretemps dans le Monde, ce qui avait bousculé le calendrier des annonces.

Dans cet entre-deux, on invitait donc le sociologue des médias pour creuser un peu la question. Cinq minutes, c'est court, d'où l'envie de coucher sur le blog tout ce qu'il m'a été impossible de dire ici.

D'abord, un grand merci à Guillaume Erner, ainsi qu'à ses journalistes, Elodie Piel et Pauline Petit, pour leur accueil chaleureux et leur aide précieuse pour que mon intervention se passe au mieux. 

L'angle choisi pour la discussion, "le modèle de la BBC est-il transposable en F…

L'amour du Père Macron

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Cette année le 14 juillet tombe à la mi-octobre. À la fin d'un weekend quasiment estival, le moment médiatique tant attendu est arrivé. Le président a parlé en direct aux français sur TF1 devant trois vedettes de TF1 et LCI, David Pujadas, Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau, à l’heure de grande écoute, le dimanche 14 octobre au soir.

Ce fut la parole d'un chef. Celui que les urnes ont choisi en mai dernier et qui entend bien, il l'a bien fait entendre en début d'interview, prendre tout le pouvoir donc il dispose. Et sans être d'accord avec tout ce qu'il propose, on est forcé d'admettre que oui, si l’on prend la cinquième République pour l’institution monarchique qu'elle est effectivement, alors Emmanuel Macron est bien censé se comporter comme cela. L’homme qui entra en politique sous le parrainage de François Hollande ne se comportera pas comme lui ; il ne sera pas le bon copain, modeste et normal, qui laissait vacant le trône du chef.


L’interview dé…

Au musée de la sédition

Que reste-t-il de l’insurrection de Paris d’août 1944 ?

L’été parisien a quelque chose d’unique au monde. Dans cette France centralisée, où la petite Ile de France concentre les richesses, la population de la capitale s’éparpille en vacances. Les touristes étrangers la remplacent, jusque parfois dans leurs habitations avec le boom d’Airbnb. Du coup, il est difficile pour le parisien de 2017 d’imaginer qu’il y a 73 ans, ses maigres aïeuls dressèrent des barricades, puis acclamèrent l’arrivée des blindés de la 2ème DB à quelques rues de chez lui. Ce coup d’œil en arrière est pourtant de circonstance, moins pour l’anniversaire en lui-même qu’en raison du contexte. Les dernières présidentielles furent très « anti-système », un slogan séditieux s’il en est. Comment se déroule une révolte, lorsqu’elle est un peu plus qu’un slogan ? Qu’est-ce qui fit se lever les barricades, au cours de cette semaine du 19 août ?
Bref rappel historique : Américains et Britanniques ont débarqué en Normandie de…

L’urgence comme gouvernail

En généralisant l’état d’urgence, l’exécutif restreint notre droit à choisir le futur. Lorsque les médias ont annoncé l’assaut contre les locaux de Charlie Hebdo, je n’ai rien ressenti de particulier. Et pour cause : j’étais dans le métro, en route vers mon travail, sans smartphone. Je n’étais pas au courant. Une fois à destination, je me dirige jusqu’à ma salle de cours. Et là, vent de panique : les étudiants, affolés par la nouvelle, m’apprennent ce qu’il en est. En ouvrant la porte de la classe, j’avais franchi le court interstice qui sépare la routine de l’événement. Il fallait aménager l’ordre du jour, prendre en compte l’émotion du public : c’était l’état d’urgence. Situation impérative, où la représentation qu’on peut se faire du futur est suspendue à l’annonce d’un dénouement plus ou moins proche. Une condition d’incertitude, où les personnes dépositaires de l’autorité jouissent d’une aura inhabituelle. Mes étudiants, déjà plutôt gentils d’habitude, m’ont paru ce jour-là d’un…

Antisystème, le flou qui cache un loup

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Et si la présidentielle 2017 s'était fait sur le dos d'un ennemi imaginaire?
Le Pen, Mélenchon, Hamon, Fillon, Asselineau, Poutou et consorts n’ont de cesse de vilipender le système, ce bouc émissaire au contour flou. Partons à sa recherche, car l'animal est sous le coup d'un mandat d'arrêt international. Aux États-Unis, Donald Trump le combat activement, lui qui a été porté au pouvoir avec la promesse de le tailler en morceaux. En Europe, le «système» a été chassé d'Espagne, puis de Grèce, par Podemos et Syriza, dont il a tout de même réussi à faire échouer la politique.

On l'aurait vu dernièrement, en Grande-Bretagne, ferrailler contre les partisans du Brexit. Sa défaite l'aurait poussé à franchir le Channel pour faire une brève halte en France, le temps d'une élection présidentielle. Mais là, malheureusement pour lui, il n'avait aucune chance: tous les prétendants à la magistrature suprême avait promis de lui faire rendre gorge. Une fois Emmanu…