Carla Bruni-Sarkozy, reine du Net



Le prix payé par l’Elysée pour le site de la fondation Carla Bruni-Sarkozy fait scandale ? Sans doute parce qu’il jette une lumière crue sur le caractère monarchique de nos institutions. 

Politique.net a révélé l’affaire en épluchant le rapport annuel de la Cour des Comptes : le site web de Carla Bruni aurait coûté 410.000 euros à l’État pour ses deux premières années de fonctionnement (2011-2012).


La somme me laisse songeur, et m’incite avant tout à la confronter au principe de réalité. J’ai un ami, infographiste free-lance, qui fait des sites Internet depuis huit ans et qui doit avoir maintenant une bonne vingtaine de sites web à son actif : il n'a même pas fait la moitié de cette somme en chiffre d'affaire depuis le début de son activité ! Mais peut-être ne parle-t-on pas du même type de site Internet. www.carlabrunisarkozy.org serait-il un site web très fréquenté, qui exigerait une maintenance serrée, une réponse régulière aux mails des internautes ?



L’analyse de fréquentation de ce site sur www.alexa.com ne dresse pas tout à fait ce portrait. En parcourant les statistiques de fréquentations du site de la fondation de la première dame, nous apprenons qu’il s'agit du 2700ème site le plus visité en France - donc pas tout à fait dans le top 100 des sites web qui ont, eux, besoin de salariés à temps plein pour leur maintenance. En regardant dans le détail, on apprend que la hausse de fréquentation grimpe en flèche à partir de la mi-juillet... c'est à dire après que le scandale révélé par le rapport de la Cour des Comptes a éclaté ! 

 

Enfin, les sites les plus en vue qui référencent notre site coupable en ont parlé à sa sortie, en 2009, pour dire qu’il ne marchait pas ! Bref, tout cela confirme que l’on a affaire à un joli petit site Internet qui n’intéresse pas grand monde, et qui n’avait aucune raison de coûter le prix d’une petite maison en bord de Loire. C'est le point de vue de Nicolas Bousquet, graphiste énervé qui fait circuler sur Internet une pétition pour que l'ex-Première Dame verse à une association le montant de ce que l'Etat a dépensé pour son site.

D’où cette conclusion, à laquelle tout le monde sera parvenu : la facture de ce site Internet n’a jamais eu besoin de prouver sa sincérité, puisqu’il émanait de la femme du Président de la République. Or, celle-ci ne dispose en principe d’aucun droit, d’aucun statut sous la Cinquième République. Comme le rappelle une journaliste de Slate, « Sa présence officielle se limite à un bureau à l’Elysée uniquement censé être là pour réceptionner le courrier envoyé à la Première dame par des citoyens ». On rit jaune, tant la réalité n’a rien à voir. Le site Internet incriminé n’est que la preuve la plus tangible d’une considérable débauche de moyens mis à la disposition de la première dame, sous les présidences de droite comme de gauche.


Comment se fait-il que la femme (ou le mari) du Président puisse jouir d’un statut que les institutions ne prévoient pas ? La seule manière de se l’expliquer, c’est de conclure que le Président de la République est moins soumis que les autres aux prérogatives de la constitution. La Cinquième République n’est-elle pas une « Monarchie Républicaine » ? La Constitution voulue par le Général de Gaulle (que le Canard dessinait avec une perruque et une canne à Pommeau, comme Louis XIV) fait du Président – et donc de sa femme – un personnage à part, dispose d’un pouvoir auxquels peu de gens peuvent s’opposer durant le cours de son mandat. 

 

Ceci nous explique pourquoi le scandale de ce site – lancé en 2009 – n’éclate que maintenant. L’affaire « Carla Bruni-Sarkozy  sur Internet » nous rappelle en passant que le statut du chef de l’Etat n’a pas changé depuis les précédentes mandatures, et que notre « président normal » se trouve en ce moment même, comme ses prédécesseurs, constamment livré à la tentation d’abuser de son (immense) pouvoir.

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