NKM, le verbe et la chair

Avec plusieurs amis chercheurs en sciences politiques, je partage une manie bizarre : celle de m'abonner à la newsletter de formations politiques dont je ne suis par ailleurs l'actualité que d'assez loin, et pour lesquels je ne voterais probablement jamais.

C'est ainsi que je recevais, entre autres, des nouvelles régulières de Nathalie Kosciusko-Morizet, députée de la ville de Lonjumeau (91) non loin de laquelle se trouve l'IUT où je bosse. Un personnage ambigu. Porte-parole en 2012 du candidat présidentiel de droite idéologiquement le plus proche du Front National, elle publiait dans le même temps un petit livre dans lequel elle critiquait systématiquement les thèses de ce parti. Ce livre était bien sûr déjà le manifeste d'une candidate s'affirmant comme porteuse des valeurs "du progrès social", "affranchie des conservatismes", apte à rassembler au centre sous l'étiquette de l'UMP.
Je recevais donc des nouvelles de cette femme politique, un peu malgré moi. Pour lui avoir envoyé un mail de sympathie après les municipales de juin 2012, où je lui faisais part de mon indignation face aux attaques du parti d'extrême-droite à son encontre - le chercheur n'est jamais complètement neutre, les thèses et les agissements du Front National ne me laisseront probablement jamais indifférent - je me retrouvais abonné de fait à sa mailing-list, bon, très bien, pourquoi pas. L'occasion d'observer la communication politique de ce personnage un peu étrange.
Car finalement, qu'est-ce qui surprend le plus dans le personnage public de Nathalie Kosciusko-Morizet ? Qu'est-ce qui fait le plus obstacle à l'adhésion spontanée de son image auprès du grand public, condition indispensable à un responsable politique engagé dans une joute électorale ? Sans doute son côté androïde. Un peu robotique. Maîtrisé, terriblement compétent, sans doute vécu comme un un peu menaçant par les femmes et les hommes (surtout les hommes ?) ordinaires, qui se savent vulnérables de n'être pas si diplômés, si maîtres d'eux-mêmes.
Elle en est bien consciente, pensez-vous. Par conséquent, sa mailing-list en rajoute dans le sens inverse ! A la lire, telle intervention lui a fait "chaud au coeur", elle signe "chaleureusement" une autre de ses missives, tandis qu'elle résume dans son dernier mail sa décision d'être candidate aux primaies UMP pour la mairie de Paris par ces mots : "J'ai beaucoup réfléchi, c'est une décision non pas de raison mais de passion". C'est une décision de passion, hein. N'empêche, j'ai beaucoup réfléchi (est-ce à dire qu'elle aussi, a besoin parfois de "beaucoup" réfléchir ? Qu'elle se défend de fonctionner à la vitesse d'un microprocesseur ?). Eh oui, les électeurs ont besoin d'avoir face à eux un/e responsable politique qu'ils jugent sensible, faillible, attaché aux convictions qu'il professe. Le calcul politique, lorsqu'il est trop apparent, laisse entendre son corollaire, la trahison. La fidélité, au contraire, est une valeur affective, un peu absurde. Et devinez comment NKM signe ce dernier mail ? " Bien fidèlement".

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