Plus direct, plus incarné ? Essaye encore.

Lu à l'instant une interview de Philippe Moreau Chevrolet, communicant, sur le site de Public Sénat, à propos de la "communication de François Hollande". Déroutant.



Déroutant, parce que ce professionnel - dont je viens de découvrir l'existence - traite un sujet en or avec des semelles de plomb. Il y a beaucoup à dire sur la communication des ténors politiques. 

Il se dit beaucoup de bonnes choses à ce sujet, notamment dans l'excellente émission Déshabillons les, présentée toutes les semaines par Hélène Risser sur... Public Sénat. De son côté, notre communicant enchaîne les banalités cent fois déjà entendues sur toutes les chaînes. 

Morceaux choisis : "François Hollande a repris en main sa communication depuis Noël avec un déplacement à Rungis". Ah oui, tiens, merci de nous avoir prévenus, ça nous avait totalement échappé ! "Avec l’arrivée de Claude Sérillon, on assiste à une professionnalisation de la communication de Hollande et du gouvernement". 


Effectivement, Claude Sérillon est un professionnel de la communication. Ceux qui n'ont pas regardé la télévision depuis 1976, date de sa première prestation au journal télévisé, tiennent ici un scoop de première main. Mais alors, pourquoi diable le premier magistrat fait-il appel à lui ? "Ça vient d’une impopularité très importante et qui reste". Oui, les sondages publiés quotidiennement depuis quelques semaines créditent François Hollande d'une cote d'amour assez faible envers les français. Cela pourrait expliquer qu'il embauche Serillon, qu'il se montre à Rungis...  
Stop ! 

Je vous passe le reste, c'est du même tonneau. Tout ça est un peu dommage pour la communication politique. C'est surtout dommage pour lui. Son interview ressemblait à s'y méprendre à une offre de service en direction d'un professionnel de la politique - ceux, par exemple, dont les attachés parlementaires recensent les coupures de presse ayant trait à la communication politique... Je lui souhaite d'avoir convaincu.


Bon, Philippe, si tu me lis, ne te fâche pas, ce post ne te vise pas directement. Juste un bête coup de gueule sur la tendance de nombreux professionnels, ou futurs professionnels en communication (je pense à certains de mes étudiants...) qui confondent volontiers l'analyse des stratégies de communication politique et le gentil bavardage humant bon la noisette matinale du bord de zinc et le gros titre du Parisien. Bien sûr, l'exercice s'y prête. Communiquer, c'est occuper le terrain....

Il y avait pourtant quelques bonnes petites choses dans cette interview. Je cite : "On assiste au tournant de 83 quasiment après l’élection. Sous Mitterrand, cela avait mis deux ans. Là, on y arrive tout de suite. Il y a une accélération du temps. La tournant de la rigueur, en 1983, coïncide avec le moment où François Mitterrand fait appel aux communicants Jacques Pilhan et Gérard Colé, pour gérer la communication gouvernementale. On assiste à cela en accéléré". Ah oui, là, tiens ! C'est très bon, ça !

La gauche de gouvernement qui se résigne à décevoir, et qui fait appel à des communicants pour amortir le choc qui vient. Bravo, voilà un pronostic crédible pour 2013 - même s'il n'est pas très rassurant... Mais pourquoi ça vient en toute fin d'interview ? 

Commentaires

  1. Peut-être pour que ça ne soit pas trop visible ? Avec un peu de chance on aura perdu les trois quarts des lecteurs à mi-chemin. L'accélération, pour ne pas dire la frénésie de l'info ne permet plus de s'attarder sur des textes abscons. Je check d'un oeil, c'est sans intérêt, hop next ! Et je loupe le truc pertinent caché à la fin. Donc je ne réfléchis pas trop, je ne critique pas trop. J'ingurgite.

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  2. Ce qui me fait de la peine, derrière, c'est de me dire que ce "communiquant-blogueur-directeur de cabinet de consultant" est probablement au RSA ou guère mieux, comme beaucoup d'apprenti-communicants que j'ai eu l'occasion de croiser. C'est un milieu très compétitif, très dur pour ceux qui se contentent d'un accès à la parole publique pour seule rétribution...

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