Le pouvoir des médias

Feuilleté hier un livre très décevant sur la télévision : l'occasion de parler de ces trop nombreux "essais" qui fleurissent à chaque rentrée sur le supposé très dangereux et très envahissant "pouvoir des médias". Tremblez, vous qui allumez votre télévision tous les soirs, nous allons vous révéler la portée de votre inconscience !

Voilà le livre, traduit en français sous le titre Se distraire à en mourir, publié chez Nova Editions (?) avec une préface de Michel Rocard (??). L'auteur a quelques références. Il a enseigné pendant plus de quarante ans à l'Université d'État de New York, où il dirigeait à sa mort, en 2003, le département de communication. Le livre en question est publié en 1985 aux USA, puis en France une vingtaine d'années plus tard. Pourquoi est-il si mauvais ?

D'abord parce qu'aucun bâtiment, si ambitieux soit-il, ne peut tenir debout s'il est construit sur du sable. Neil Postman a fait ce choix curieux de rédiger son essai en s'appuyant sur les principes proposés par l'universitaire canadien Marshall Mc Luhan. Que l'on peut résumer ainsi : l'outil qui sert à transmettre le message détermine le contenu, le sens et la portée du message lui-même. Pourquoi pas, à condition d'en faire quelque chose : des expériences, des études de cas nuancées. Certains chercheurs de l'Ecole des Mines de Paris, réunis au Centre de Sociologie de l'Innovation, donnent à réfléchir à ce que les nouveaux objets font à l'activité humaine. Marshall Mc Luhan ne s'est guère embarrassé de détails, préférant souvent le poids des mots et le choc des photos aux lentes maturations du concept.


L'idée principale de l'essai de Neil Postman est la suivante : la télévision, objet central de l'expérience sociale américaine, conditionne par ses caractéristiques tous les messages qu'elle transmet, faisant d'eux une pure jouissance visuelle, un pur objet de consommation. L'heure est grave, nous dis l'auteur, nous sommes en train de créer une société d'abrutis. Pourquoi pas ?

D'abord, peut-être, parce qu'un lecteur a parfois envie que, quand il achète un livre, il y trouve un peu plus qu'une scansion affolée du message affiché en couverture. Lorsqu'on se livre au petit jeu d'ouvrir le livre à n'importe quelle page, et qu'on y trouve la même idée - celle résumée ci-dessus - on hésite entre plusieurs options : soit l'auteur n'a pas grand chose à dire parce qu'il n'a pas assez travaillé son livre, soit l'auteur nous croit décérébré par la télévision au point de nous répéter systématiquement le même message. Il y a sans doute un peu des deux. Postman a des facilité d'écriture évidentes, son livre est intéressant, surtout les cinq premières minutes. Et puis on se rend compte que pour chercher plus loin, il faudra prendre un autre livre. Dommage, "chercher plus loin", c'est souvent le réflexe qui nous conduit à ouvrir un livre d'un universitaire...

L'occasion de terminer sur un coup de pub. Loin des bouquins "choc" qui vous promettent l'apocalypse par les médias en faisant comme si vous n'aviez déjà plus de cervelle, j'ai découvert cet été un livre d'un prof de fac à la couverture assez antipathique, mais clairement écrit et puissamment documenté : une chouette synthèse des réflexions abouties sur ce que les médias font à nos société... et à nos politiques.


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