Articles

Taubira à Koh-Lanta

Image
J’aime bien regarder les débats télévisés comme des épreuves ; des genres de Koh-Lanta verbaux, au cours desquels les organisateurs mettent leur invité au défi de sortir la tête haute de petits pièges, de questions fallacieuses, de face-à-face agressifs. Des Koh-Lanta pour pros surentrainés, où les invités ne risquent pas leur peau sans fréquenter non plus une promenade de santé.  Quelles règles du jeu concourent à ces épreuves télévisées ? Journalistes et politiques sont à peu près d’accord sur ce qui va se passer, sans forcément avoir à se le dire. Parfois, ils s’accusent mutuellement de ne pas « jouer le jeu », mais cela fait partie du jeu ; on joue sur le flou, les règles ne sont pas écrites mais elles procèdent d’un code social partagé. Elles changent au gré des émissions, en prenant en compte les désirs des spectateurs et ceux des organisateurs de ces programmes.  Dans un livre qui sort ces prochains jours , je décris ce que j’ai c...

Carla Bruni-Sarkozy, reine du Net

Image
Le prix payé par l’Elysée pour le site de la fondation Carla Bruni-Sarkozy fait scandale ? Sans doute parce qu’il jette une lumière crue sur le caractère monarchique de nos institutions.  Politique.net a révélé l’affaire en épluchant le rapport annuel de la Cour des Comptes  : le site web de Carla Bruni aurait coûté 410.000 euros à l’État pour ses deux premières années de fonctionnement (2011-2012). La somme me laisse songeur, et m’incite avant tout à la confronter au principe de réalité. J’ai un ami, infographiste free-lance, qui fait des sites Internet depuis huit ans et qui doit avoir maintenant une bonne vingtaine de sites web à son actif : il n'a même pas fait la moitié de cette somme en chiffre d'affaire depuis le début de son activité ! Mais peut-être ne parle-t-on pas du même type de site Internet. www.carlabrunisarkozy.org serait-il un site web très fréquenté, qui exigerait une maintenance serrée, une réponse régulière aux mails des internaut...

L’Etat, maquillé d'un récit.

Image
J’ai vu récemment le film L’Exercice de l’Etat , dont les affiches ont brièvement tapissé le métro parisien il y a deux ans. Un film sombre, tout en teintes froides, avec Olivier Gourmet et Michel Blanc respectivement ministre des transports et chef de cabinet. Un film dont l’objet principal n’est pas la communication politique. Mais qui ne parle finalement que de cela, puisqu’il parle des ministres incohérents, du peuple en colère, des hauts fonctionnaires qui ne croient plus en grand-chose.Ce film nous montre un pays, le nôtre, traversé par des directives, des lois, des règlements contradictoires, et dont on dirait qu'il ne tient que par un récit commun. Le ministre Gourmet se réveille en pleine nuit pour visiter une scène d’accident de car ; enchaîne les radios du matin, les réunions du ministère. Refuse publiquement la privatisation des gares, cherche des solutions alternatives, se retrouve désavoué par Matignon et se plie à la privatisation tant déniée . Est-ce l’...

Jérôme Cahuzac est innocent !

Image
On l’accuse de favoriser la montée du FN et d’accentuer la méfiance pour le politique : le chapeau est un peu grand pour lui. Par Joël Gombin et Gaël Villeneuve, enseignants-chercheurs en sciences politiques.   Jérôme Cahuzac serait-il devenu l'homme le plus détesté du pays ? Ses aveux ont en tout cas déclenché un véritable raz-de-marée politique et médiatique – qui tranche avec la relative bienveillance dont il a bénéficié auparavant, tant de la part de ses collègues politiques, de gauche comme de droite, que de celle de médias qu'on a connus moins attachés à la présomption d'innocence et à la qualité de l'administration de la preuve. Sa faute, mieux, ses péchés, de véniels, sont devenus capitaux. Jérôme Cahuzac, à en croire ses accusateurs, n'a pas seulement fraudé le fisc, il serait, à lui tout seul, le fossoyeur de la démocratie, de la confiance en la politique et le responsable de la montée du populisme. Bref, l'ampleur et la violence de la ...